Une grande perte : OS Blindspot (10)

Présentation OS Blindspot

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Titre : Une grande perte

Résumé : L’équipe en savait peu sur l’enfance de Tasha et sur son passé en général. Seulement s’il y avait bien une chose dont ils étaient sûrs, s’était tout ce que sa grand-mère représentait pour elle.

Que se passe-t-il le jour où elle décède ? Comment arrivera-t-elle à traverser cette horrible épreuve ? Reade n’en sait rien, mais il tentera tout pour effacer sa douleur (quelques semaines après la fin de la saison 2).

Personnages : Edgar Reade & Tasha Zapata

OS Blindspot « Une grande perte »

C’était un début de semaine comme les autres, un lundi du mois de mai suffisamment ensoleillé pour faire le bonheur de tous. L’équipe de l’agent Weller était arrivé tôt ce matin-là pour finir leurs rapports. Tous étaient présents excepté l’agent spécial Zapata. Ce n’était pas dans ces habitudes d’arriver en retard alors ses collègues commençaient à s’inquiéter.

Après avoir essayé de l’appeler en vain, ils la virent finalement arriver, les vêtements de la veille sur le dos et l’air hagard. Elle passait devant eux sans un mot et alla directement s’asseoir à son bureau. Kurt, Jane, Patterson et Reade se regardèrent successivement, vraiment perturbés.

-Salut Tash’, est-ce que ça va ? Interrogea sa meilleure amie après qu’ils se soient tous approchés d’elle.

-Oui, oui … Enfin non, en fait, bégaya-t-elle difficilement, ce qui ne fit que renforcer leur inquiétude.

-Que se passe-t-il ? Est-ce que l’on peut faire quelque chose ? Demanda Edgar en prenant délicatement sa main après s’être mis à son niveau. La belle brune leva la tête pour plonger ses yeux dans les siens.

-Ma grand-mère est morte hier soir, annonça-t-elle avec beaucoup de difficulté, n’ayant pas encore réalisée que la femme qui l’avait sauvé puis élevé était partie pour toujours. Tous ses amis la regardèrent, affligés, connaissant parfaitement le lien qui unissait leur collègue et son aînée.

-Mon Dieu Tash’, on est vraiment désolé mais pourquoi est-ce que tu es venue ? … Enfin, je veux dire tu ne devrais pas travailler mais prendre le temps de faire ton deuil, souffla Jane en posant une main sur son épaule avec l’approbation du reste de l’équipe. L’hispanique arriva à sourire légèrement, reconnaissante du soutien et de la bienveillance de ses amis.

-Pour être honnête, je ne sais pas vraiment. Mes frères sont partis retrouvés leurs familles et je n’avais pas le cœur de rentrer chez moi seule. Le bureau est le seul endroit qui me soit venu à l’esprit.

-Je vois… Écoutes, c’est calme aujourd’hui et c’est hors de question que tu travailles alors que tu viens de perdre ta grand-mère. Reade va te raccompagner chez toi et tu prends le temps qu’il te faut pour aller mieux avant de revenir… Tu restes avec elle tant qu’elle en a besoin et que l’on n’a aucune affaire en cours. Je t’appelle en cas de problème, mais sinon je ne veux pas qu’elle reste seule, expliqua le chef d’équipe tout haut puis, pour la dernière partie, uniquement à l’adresse de son coéquipier.

Celui-ci hocha la tête, ravi d’avoir l’opportunité d’être présent pour sa meilleure amie en cette période difficile. Il alla chercher ses affaires pendant que Tasha resta avec ses collègues féminines à discuter du déroulé de la soirée de la veille.

Quelques minutes plus tard, après avoir salué toute l’équipe les deux partenaires montèrent en voiture en direction de l’appartement de la policière. Le trajet se déroula en silence. La brune avait la tête posée contre la vitre de la voiture, les yeux dans le vide. Edgar ne cessait de lui jeter des regards en coin, extrêmement inquiet. Il n’avait jamais vu son amie si léthargique.

Bien évidemment, avec toutes les périodes difficiles qu’ils avaient traversés, il l’avait déjà connu inquiète, en colère ou même extrêmement triste, mais jamais, elle ne s’était laissé abattre de cette manière.

Une chose était sûre, c’est que le jeune homme était prêt à tout pour apaiser sa peine. Après tout, il savait à quel point sa grand-mère comptait pour elle, que c’était presque la seule famille qui lui restait et le seul modèle parental qu’elle n’ait jamais eu.

Une fois arrivée à destination le policier prit le sac d’affaire de secours qu’il gardait dans son coffre, ne sachant pas combien de temps son amie aurait besoin de lui, puis ils montèrent dans son appartement.

-Tu n’as pas à rester tu sais. Je peux me débrouiller, fit-elle remarquer en le voyant enlever sa veste.

-Je sais, mais personne ne m’oblige à rien. Tu as toujours été là pour moi quand j’en ai eu besoin alors cette fois-ci c’est à mon tour. Après tout, c’est à ça que servent les amis. Je sais que ça doit être extrêmement difficile pour toi et je compte bien rester aussi longtemps qui tu auras besoin de moi, rétorqua-t-il immédiatement, ne souhaitant pas qu’elle se sente comme un poids.

Elle plongea ses yeux dans les siens, touchée par tant de douceur de sa part, et lui sourit avec tendresse.

-Merci, tu es gentil … Je ne suis pas rentrée chez moi depuis hier alors si ça ne te dérange pas je vais juste aller prendre une douche et mettre des vêtements plus confortables.

La jolie hispanique partie en direction de sa chambre pendant qu’il se mit à l’aise et alluma la télévision. Elle ressortit environ une demi-heure plus tard les cheveux humides, attachés en chignon, portant un legging ainsi qu’un long pull blanc et l’air exténué. Tasha s’installa dans le canapé à ses côtés et fixa l’écran en faisant son possible pour retenir ses larmes.

-Tash’, je suis inquiet. Tu n’as pas à faire semblant que tout va bien devant moi. Je sais que ce n’est pas ton genre de te laisser aller mais c’est moi. Tu sais que jamais je ne te jugerais et tout le monde a le droit de faire son deuil correctement, déclara-t-il en lui prenant les mains. Elle leva les yeux vers lui et pris une grande inspiration.

-Je le sais bien, c’est juste que tout ça semble tellement irréel. Je veux dire, je sais qu’elle n’était pas toute jeune, mais elle était en bonne santé et avait toujours un sacré caractère. Elle était tellement forte et si gentille.

Pendant toutes les années où elle nous a élevé avec mes frères, elle a toujours tout fait pour nous, sans jamais flancher… Je n’ai pas beaucoup de famille, mais c’était sans aucun doute la meilleure d’entre nous.

-Toi aussi tu es toutes ces choses. De ce que je vois tu dois énormément tenir d’elle.

-Tu es trop gentil… Le truc, c’est qu’elle a toujours été là pour moi, à m’encourager même dans des moments où je n’étais pas fière de moi. Quand j’ai dérapé il y a quelques années après la mort de mon coéquipier, j’ai réussi à tromper tout le monde et à leur faire croire que j’allais bien, tout le monde sauf elle. Elle m’a traîné de force aux réunions et m’a empêché de sombrer. Je ne sais pas encore si je vais pouvoir y arriver sans elle …

Est-ce que tu as déjà eu l’impression que si tu te mettais à pleurer, tu n’arriverais jamais à t’arrêter ? Interrogea Natasha difficilement. Parler n’était vraiment pas simple pour elle, mais avec Reade la jeune femme avait l’impression de pouvoir tout affronter, avec lui, elle se sentait en sécurité, prête à s’ouvrir aux autres.

-Oui, j’ai eu ce sentiment après l’affaire Jones mais même si ça a pris du temps ça finit par aller mieux, grâce à toi, avoua-t-il avec simplicité. À ces mots, la policière ferma les yeux et laissa couler une larme sur sa joue. Très tendrement il leva la main pour caresser son visage à l’aide de son pouce.

La jeune femme sentit son cœur s’accélérer à ce merveilleux contact et sa carapace se fissurer. Épuisée, elle se laissa aller et se blottit dans les bras de son coéquipier.

Ce dernier s’appuya contre le dossier du canapé et l’accueillit avec plaisir. Il passa une main dans ses cheveux et l’autre dans son dos en lui murmurant des mots doux, la laissant pleurer autant qu’elle en avait besoin.

Cela lui brisait le cœur de la voir ainsi et il savait que ça allait durer un moment, mais c’était une période nécessaire du deuil pour arriver à avancer. Après environ une bonne demi-heure à pleurer, Zapata s’endormie enfin. Reade la garda un moment dans ses bras, touché.

Cela faisait des mois maintenant qu’il avait pris conscience de ses sentiments pour elle, même s’il avait nié après qu’elle l’a rejeté. Pour rien au monde, il ne voulait la perdre même si cela impliquait de tout réprimer.

Après un moment, le jeune homme se résout à abandonner son étreinte. Il l’allongea sur le canapé, plaça un oreiller sous sa tête et la couvrit avec un plaid. Il s’isola ensuite dans la cuisine pour appeler son équipe.

Une courte discussion et un film de science-fiction plus tard, le policier réalisa qu’il allait bientôt être l’heure du repas. Il se doutait que son amie n’aurait pas d’appétit, mais elle allait bien devoir se nourrir à un moment, particulièrement si l’on considérait qu’elle n’avait probablement rien mangé depuis la veille.

Ainsi, le brun entreprit de préparer des macaronis aux fromages. Il ne rencontrait aucune difficulté à se retrouver dans son appartement. Après tout, les deux amis passaient tellement de temps ensemble qu’ils étaient comme chez eux l’un chez l’autre.

Une demi-heure plus tard, il était environ midi, la brune commença à émerger. Zapata remua et ouvrit les yeux doucement. Cela lui prit une minute pour se remémorer ce qu’il s’était passé dans les dernières vingt-quatre heures.

La jeune femme était toujours extrêmement triste et abattue mais elle devait avouer que ces deux heures de sommeil lui avaient été profitable. C’est quand elle entendit du bruit dans sa cuisine qu’elle se souvient qu’Edgar y était.

L’hispanique s’enveloppa dans la couverture et se leva pour le rejoindre. En s’appuyant contre le chambranle de la porte elle l’observa quelques secondes, réalisant à quel point elle était reconnaissante de sa présence et sa sollicitude.

-Hey, tu es réveillé, comment est-ce que tu te sens ? Interrogea-t-il après l’avoir aperçu en train de laisser divaguer son esprit.

-Je ne sais pas trop, un peu moins fatigué au minimum.

-C’est déjà ça. J’ai fait à manger … Je sais tu n’as pas faim mais il faut quand même se nourrir, anticipa Reade avant même qu’elle ait eu le temps de répondre.

-Pour information, j’allais juste dire que ça sentait très bon, rétorqua-t-elle en souriant légèrement. Parfois elle oubliait à quel point il la connaissait bien.

-Ouais, bien sûr, conclut-il heureux de cette légère amélioration de son état. Tranquillement, il finit de préparer le repas pendant qu’elle mit la table.

Quelques minutes plus tard, ils commencèrent à manger silencieusement. Ce n’était pas un de ces silences gênants où personne ne savait quoi dire mais plutôt un moment où être ensemble était suffisant.

Le duo déjeuna tranquillement puis rangea la vaisselle et finirent par se réinstaller dans le canapé, devant un film. Natasha sortit son ordinateur, obligée de régler certains détails administratifs.

-Bon dieu, ce n’est rien déprimant ce genre de choses. En plus de sa succession ma grand-mère avait elle-même planifié son enterrement.

-Elle ne voulait sans doute pas que vous ayez à vous occuper de ça le moment venu. Quand je me suis engagé dans l’armée, au début j’ai refusé de le faire mais après quelques semaines j’ai réalisé que ça ne servait à rien de nier l’évidence. Je n’avais pas le contrôle sur beaucoup de chose mais je pouvais faire en sorte que mes proches n’aient pas à endurer plus que nécessaire si jamais le pire devait arriver.

-C’est certain et j’ai moi-même posé quelques directives quand je suis rentrée dans la police mais c’était surtout médical. Je ne voulais pas que ma famille ait à prendre une décision au cas où je serais gravement blessée en service mais je ne sais pas. J’ai toujours trouvé cela angoissant d’imaginer qu’un jour l’un de nous pourrait … comme ça sans prévenir …

-Hé, non ne commence pas à penser à ça. Ce n’est définitivement pas le genre de discussion à avoir aujourd’hui mais pour information je ne vais nulle part. Tu ne vas pas te débarrasser de moi de sitôt, rassura-t-il tendrement en passant un bras autours de ses épaules.

Il l’amena contre lui et elle se blottit une nouvelle fois contre lui, avec plaisir. Edgar avait toujours le don de l’apaiser, même pendant une journée comme aujourd’hui où la douleur était telle que la jeune femme se sentait plus vulnérable que jamais.

-Je suis désolée, j’ai vraiment l’impression d’être une épave. Je sais que je te l’ai déjà dit mais tu n’as vraiment pas à rester pour t’occuper de moi. Je peux très bien le faire seule.

-Je sais que tu le peux mais encore une fois, tu n’as pas à le faire. Tu n’es pas seule. Quoi qu’il arrive tu pourras toujours compter sur moi et je sais que c’est pareil pour le reste de l’équipe. Après tout, on est une famille, parfois un peu dysfonctionnelle mais on en est une.

-T’en connais beaucoup toi des familles équilibrées ? … Sérieusement, je ne sais pas comment j’aurais fait si tu étais parti à Quantico.

-Avec le recul je me rends compte que je n’ai jamais vraiment eu envie de partir. Je fuyais tout ce qui se passait à l’époque mais quand tu t’es fait tirer dessus pendant l’assaut et que j’ai cru te perdre je …

-Je comprends. Quand l’immeuble à exploser avec toi et Nas à l’intérieur et que les secours t’ont sorti de là inconscient j’ai ressenti même chose, interrompit Natasha en se remémorant les évènements de l’année passée. Toujours contre son torse elle le sentit déposer un baiser au sommet de son crâne.

-Qui aurait cru quand Jane est entrée dans nos vies que l’on en serait là aujourd’hui, énonça Reade en essayant de repartir sur un sujet plus léger pour lui changer les idées.

-C’est sûr que Weller fiancé et papa, nous n’aurions pas pu imaginer ça quand on l’a rencontré. Enfin, ils ont vraiment l’air heureux, murmura-t-il un léger sourire triste aux lèvres.

-Ça donnerait presque envie, ajouta son coéquipier sans trop réfléchir. Il réprima immédiatement l’image qui apparut dans son esprit d’eux, ensemble, heureux avec une famille.

-Est-ce que ça t’a arrivé d’y penser ? Je veux dire avoir des enfants et fonder une famille.

-De temps en temps ça m’arrive. C’est vrai que l’on a des vies de dingues mais ça doit être vraiment bien de rentrer dans une maison pleine de joie et d’amour, et toi ?

-Je n’en sais rien. J’adore mes nièces et quand je vois les familles de mes frères ou même Weller et Bethany, c’est toujours très attendrissant. Le truc, c’est que je n’ai jamais eu une vie assez stable pour ne serait-ce que l’envisager. On ne peut pas non plus dire que j’ai eu le genre de relation propice à ce genre de pensées, termina la brune un peu penaude.

Ironiquement, il était la relation la plus stable qu’elle ait jamais eu avec un homme. Sa grand-mère, à qui elle racontait absolument tout, l’avait encouragé à envisager plus entre eux après qu’il l’ait embrassé mais Tasha avait toujours eu peur de l’écouter.

-Ouais, je vois très bien ce que tu veux dire, souffla-t-il avec une pointe d’ironie dans la voix. C’était à peine perceptible pour quelqu’un le connaissant peu mais elle s’en rendit compte immédiatement.

-Quoi ? Interrogea-t-elle intriguée.

-Rien en particulier … Pour être honnête j’ai toujours trouvé que tu méritais infiniment mieux que quasiment tous les gars avec qui tu es sorti, avoua Reade en détournent légèrement le regard peu sûr de la portée de son aveu même s’il pensait chaque mot. La jeune femme rougit aussi flattée que triste.

-Ça c’est quelque chose sur lequel tu aurais été d’accord avec ma grand-mère. Elle ne le disait jamais à haute voix mais je la voyais froncer les sourcils d’une manière qui laissait peu de place au doute.

-Je crois que je vois. Tu fais exactement la même tête le peu de fois où tu n’oses pas dire quelque chose. En tout cas, rien qu’à la façon dont tu parles d’elle et celle dont elle t’a élevé je suis certain que c’était quelqu’un d’extraordinaire.

-Elle l’était. Je n’arrive toujours pas à croire qu’elle soit partie. La seule qui me réconforte un peu c’est qu’elle n’a pas souffert. Les médecins ont parlé d’une rupture d’anévrisme. Il paraît que c’est comme s’endormir. Au moins, elle méritait de partir paisiblement, conclut Natasha faiblement. Ils passèrent l’après-midi à regarder la télévision, blottis l’un contre l’autre ou à discuter permettant à Zapata de se remémorer les souvenirs heureux qu’elle possédait avec sa grand-mère. Cela l’apaisait de partager ses moments avec son meilleur ami, comme si une part d’elle restait en vie à travers ces histoires. Reade l’écoutait, heureux de pouvoir l’aider et de découvrir une nouvelle facette de sa partenaire.

Le soir même le reste de l’équipe arriva chez la policière pour lui changer les idées. Elle les avait d’avance prévenue du fait que même si elle était profondément triste elle n’avait aucune envie de s’apitoyer sur son sort. L’équipe apporta pizzas et bières. Ils restèrent quelques heures à discuter de tout et rien puis repartirent chez eux sauf Reade qui n’avait aucune envie de la laisser seule. À la grande surprise du jeune homme, Tasha ne protesta même pas à cette idée en dehors d’une légère culpabilité à l’idée de le laisser dormir sur le canapé. Après avoir tout ranger les deux amis allèrent au lit chacun de leur côté, épuisés par cette journée de dingue. La jeune femme sombra dans les bras de Morphée assez rapidement. Edgar, quant à lui, eu quelques difficultés à s’endormir, plutôt perturbé par tout un tas de sentiments.

Cela faisait des mois, qu’il faisait son possible pour réprimer les sentiments intenses qu’il éprouvait pour elle et aujourd’hui plus que n’importe quel autre jour. Après tout, elle avait besoin de lui et c’était tout ce qui comptait. Seulement le fait de la tenir dans ses bras, de pouvoir la consoler, l’écouter et découvrir de nouvelles facettes de sa personnalité rendaient les choses très difficiles.

Environ deux heures plus tard, le jeune homme somnolait quand il entendit du bruit. Au début, il ne comprit pas ce qu’il se passait puis il réalisa que cela venait de la chambre de sa meilleure amie. Elle était définitivement en train de faire un cauchemar. Edgar ne savait pas vraiment quoi faire. Devait-il entrer dans sa chambre et envahir son espace personnel ou la laisser traverser ça seule ?

Au bout de quelques secondes, quand elle se mit à crier, il prit une décision rapide et entra. Le policier s’approcha de son lit, se pencha près d’elle, lui attrapa les poignets et lui caressa la joue en lui murmurant des mots doux pour la calmer.

-Tasha, hé Tasha, tout va bien. Tu es en sécurité. Tout va bien. Tout va très bien, répéta-t-il en boucle jusqu’à ce qu’il la voie ouvrir les yeux. La brune mit quelques secondes à retrouver ses esprits.

-Je suis désolée de t’avoir réveillé. Je … Je vais bien. C’était juste un cauchemar, admit la jeune femme après quelques grandes respirations.

-Ce n’est pas grave. Je suis là pour toi, quoi qu’il arrive. Tu peux me parler, continua Edgar toujours avec autant de tendresse. Zapata avait le dos contra la tête de lit, les genoux repliés et la tête baissée. Il était désormais assis sur son lit juste à côté d’elle. Le plus doucement possible, il passa sa main contre sa joue et lui releva la tête.

-Je sais, je sais mais ça va aller. J’ai juste besoin d’un peu de temps, un tout petit peu de temps, murmura la jolie brune en plongeant ses yeux dans ceux de son meilleur ami. Ce simple contact la calma immédiatement. Elle ferma les yeux et prolongea le contact. Sans un mot elle se blottit contre lui et ils s’installèrent confortablement dans le lit, l’un contre l’autre et en silence ils finirent par s’endormir, ayant trouvé tout ce dont ils avaient besoin en l’autre.

Pendant les deux jours suivants une routine s’installa entre les deux coéquipiers. Ils prenaient leurs repas ensemble, dormaient ensemble et passaient de long moment à discuter ou même à rester assis dans les bras l’un de l’autre. L’équipe passait ou appelait régulièrement pour prendre de ses nouvelles. Tasha se sentait d’ailleurs bien mieux une fois reposée et le choc passé même si elle était toujours profondément triste. La compagnie d’Edgar l’aidait énormément. Il était comme à son habitude tendre, attentionné et attentif à son bien-être. Il lui donnait l’impression qu’elle n’était pas seule au monde.

Aujourd’hui était le jour de l’enterrement de la grand-mère de Zapata. Ils se levèrent tôt ce matin-là pour se préparer. La policière avait revêtu une belle robe noire, des escarpins assortis, des bijoux en or. Elle avait lissé ses cheveux et appliqué un maquillage de circonstance. En sortant de la salle de bain son meilleur ami avait pu la voir transformer pour revêtir le masque qu’elle avait l’habitude de porter lorsqu’elle souhaitait tenir les gens à distance. En fin de matinée, ils partirent en direction du cimetière où ils rejoindraient la famille Zapata, des amis de sa grand-mère et l’équipe qui souhaitait plus que tout être présent pour leur amie. La cérémonie fut simple et sans fioriture mais pleine d’émotion. Il était plus qu’évident que la défunte comptait pour beaucoup pour tous. Toute l’assemblée se dirigea ensuite à son domicile pour un repas en bonne et due forme.

Au bout d’une heure à maintenir les apparences la jolie brune était épuisée et à bout de nerf. En manque d’air elle sortit dans le jardin. Une fois dehors elle se rendit compte qu’elle n’était pas la seule à avoir eu cette idée. Elena, sa petite nièce de huit ans, était assise sur les marches du perron en train de pleurer. La jeune femme s’avança doucement et s’assit à ses côtés.

-Ma chérie, est-ce que tu tiens le coup ? Interrogea-t-elle entre deux sanglots après lui avoir passé un bras autours des épaules.

-Je ne sais pas trop. Je suis désolée. C’est juste que je suis triste que nana ne soit plus là. Je sais que je dois être courageuse parce que tout le monde est triste et que les petits ne se rendent pas compte de ce qu’il se passe mais j’ai voulu être un peu seule.

-C’est normal d’être triste et de pleurer. Tu n’as surtout pas à t’excuser. Moi aussi je le suis énormément. Je sais que je ne montre pas souvent ce que je ressens mais pour être honnête j’ai beaucoup pleuré ces derniers jours.

-Est-ce que ça t’a aidé à te sentir mieux ? Parce que moi pour l’instant ça ne marche pas vraiment, murmura l’enfant timidement.

-Cela m’a aidé un peu mais il faut se laisser le temps et quand ça ne va vraiment pas j’ai la chance d’avoir un ami absolument merveilleux sur lequel je peux compter. Tu sais que peu importe à quel point nous sommes tristes nous serons toujours là pour te consoler.

-Je sais, ne t’inquiète pas. Je voulais juste éviter d’en rajouter. Tu parles du monsieur qui était avec toi à l’enterrement. Il a l’air gentil. Est-ce que c’est ton amoureux ?

-Reade est mon collègue, mon meilleur ami et … Enfin il m’aide énormément, conclut l’hispanique incapable de terminer sa phrase.

-Ce n’est pas vraiment une réponse ça.

-Je sais mais pour l’instant c’est tous ce que j’ai trouvé, petite maligne.

-Nana aussi m’appelait souvent comme ça. Elle disait que j’étais intelligente comme toi. Elle va vraiment me manquer.

-Moi aussi, elle va me manquer. Bon, si on rentrait, proposa Natasha en se sentant légèrement mieux. Les deux acolytes rentrèrent dans la maison se mêlèrent de nouveau à la foule. Le reste de l’après-midi se déroula dans le calme. Une fois la veillée terminée et le ménage réalisé chacun rentra chez soi pour se reposer.

L’équipe parti en dernier après avoir pris un dernier verre avec leur amie, mettant tout en œuvre pour lui changer les idées. Après cela, Edgar raccompagna la jeune femme chez elle pour le reste de la soirée.

Une fois changés dans des vêtements plus confortables, ils s’installèrent dans le canapé avec des bières. Pendant environ une heure ils regardèrent un match de basketball en buvant. Tasha, dont l’esprit tournait en boucle maintenant qu’ils étaient seuls, avait consommé bien plus d’alcool que de raison, ce qui n’avait pas échappé à Edgar.

Après tout, ces magnifiques yeux marrons étaient plus vitreux qu’à l’accoutumé. Sa tête penchait lascivement sur le côté et ses doigts se baladaient pensivement sur son bras. Au bout d’un moment il décida qu’il était temps pour elle de se reposer.

-On devrait aller se coucher. Il est tard et la journée a été affreusement longue, annonça-t-il en se levant.

-C’est une bonne idée, enfin je n’ai pas vraiment envie de dormir, répondit la jeune brune en se levant pour se rapprocher de lui. L’alcool avait fait disparaître toutes ses inhibitions et la douleur l’engourdissait tellement qu’elle souhaitait tout faire pour ressentir quelque chose de positif. Tasha souhaitait oublier, prendre du plaisir et la confiance qu’elle avait en son coéquipier finissait d’abattre toutes ses barrières.

-Tash’, murmura Edgar en comprenant où elle souhaitait en venir. Le jeune homme mentirait en disant qu’il n’y avait jamais pensé, où même qu’il n’en avait pas envie actuellement. Après tout, il était fou d’elle et c’était une femme extrêmement désirable.

Seulement, il ne voulait pas que cela se passe comme ça et surtout il ne souhaitait pas profiter de la situation pour faire quelque chose qu’elle regretterait le lendemain matin.

-Reade, et si on arrêtait d’être raisonnable pour une fois, souffla Zapata en franchissant le peu de distance qui les séparait. Elle posa ses mains sur son torse et plongea ses yeux dans les siens tout en se mordillant la lèvre. À ce contact, ses bonnes manières commençaient à s’évaporer. Tasha était envoutante et son désir pour elle ne faisait qu’augmenter.

Constatant qu’il ne la repoussait pas, la jeune femme approcha son visage du sien. Quelques centimètres avant d’atteindre sa destination, elle se détourna pour poser sensuellement ses lèvres dans son cou.

-Tasha, gémit-il avant de céder. Il posa ses mains sur sa taille et l’embrassa passionnément.

Pendant plusieurs minutes, ils s’embrassèrent sans retenus, leurs langues se mêlant l’une à l’autre dans un balai à couper le souffle. Le duo se laissa aller à cette passion qui les dévoraient depuis des années, oubliant tout le reste et pendant un moment, la policière eu l’impression de flotter dans une bulle de tendresse dont elle n’avait aucune envie de sortir.

Seulement, ils durent se séparer par manque d’air et Edgar prit conscience de l’ampleur de ce qui venait de se passer. Elle était ivre, triste et malheureuse. Ce n’était pas la Tasha qu’il connaissait et qu’il aimait. Après tout, elle l’avait repoussé il n’y avait pas si longtemps que ça.

-Non, Tasha, on ne devrait pas, pas comme ça, la repoussa-t-il quand elle essaya de l’embrasser une nouvelle fois. C’était probablement l’une des choses les plus difficiles qu’il eu à faire de toute sa vie mais quand il la regarda une nouvelle fois, il comprit que c’était la bonne décision. Derrière toute la peine accumulée ces derniers jours, il put voir une grande vulnérabilité et cela lui brisait le cœur.

-Je … Je suis désolé … Il … Il faut que l’on dorme, bégaya la belle brune en reculant sans aucune stabilité. Elle se dirigea vers sa chambre de manière automatique en trébuchant plusieurs fois au passage puis se mit directement au lit, bien trop alcoolisée pour réfléchir à quoi que ce soit.

De son côté, le jeune homme resta bouche bée pendant plusieurs minutes avant de reprendre ses esprits. Son cœur battait à cent à l’heure et une région de son corps bien plus au sud était bien éveillée. Il était cependant bien décidé à n’écouter ni son corps ni son esprit et faire preuve de respect car Tasha allait très mal et elle avait besoin de lui.

Alors, il serait là pour elle comme elle avait été là pour lui quand il en avait eu besoin, même quand il ne le méritait pas. Edgar décida donc, après avoir tout rangé et enfilé des vêtements plus confortables, d’aller se coucher. Bien trop gêné par ce qu’il venait de se passer, il ne rejoint pas son amie dans sa chambre comme lors des derniers jours mais s’allongea sur le canapé.

Le lendemain matin, après une nuit des plus agités, il se leva et commença à préparer le petit déjeuner quand son téléphone sonna. C’était Weller, ils avaient besoin de lui au travail. D’un côté, il n’avait aucune de la quitter pendant cette épreuve mais de l’autre, il était heureux d’avoir un peu de répit. Il avait besoin de temps pour reprendre pied et démêler ses sentiments.

Quelques minutes après ce coup de fil, il entendit du bruit dans la chambre. Tasha était en train de se réveiller. À peine quelques secondes plus tard, il l’entendit se ruer vers les toilettes pour vomir. Elle avait décidément vraiment trop bu la nuit précédente. Il avait pris la bonne décision

Une dizaine de minutes plus tard, après s’être changé et avoir pris une douche, elle sortit de la salle de bain avec le visage très pâle et l’air fatigué. En silence, la brune s’assit dans le canapé et mit sa tête dans ses mains. Au bout d’un moment, elle releva la tête et le regarda, visiblement très gênée.

-Je suis vraiment désolée Ed’. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je veux dire, j’avais tellement bu que je me souviens à peine de ce qu’il s’est passée mais … Je suis désolée, je ne veux pas que ça devienne gênant entre nous. Tu es mon meilleur ami et tu as fait tellement pour moi ces derniers jours je …

-Tasha, s’il te plaît calme toi. Tout va bien, d’accord. Tu as trop bu et ça t’a amené à faire quelque chose que tu regrettes. Ça arrive. Ça m’est même déjà arrivé de nombreuses fois alors surtout ne t’en fais pas, essaya-t-il de la rassurer.

Edgar était un peu triste qu’elle ne se souvienne pas de cet incroyable baiser mais il ne souhaitait vraiment pas ajouter à sa peine. Après tout, c’était sans doute plus simple ainsi. Il alla s’asseoir à côté d’elle en posant sa main sur son bras en souriant.

-T’es vraiment adorable. Sérieusement, je ne sais pas ce que je ferais sans toi, sourit-elle, reconnaissante de l’avoir à ses côtés.

Elle avait la gueule de bois et se sentait encore infiniment triste mais cela ne l’empêcha pas de remarquer qu’il était habillé pour le travail. Elle fronça les sourcils, très surprise, ne se souvenant pas d’une conversation mentionnant son retour au boulot.

-Weller m’a appelé ce matin, une grosse affaire vient de tomber, je dois retourner travailler. Est-ce que ça va aller ?

-Oui, bien sûr. Tu dois y aller s’ils ont besoin de ton aide. De toute façon, je comptais l’appeler pour lui dire que je retourne au travail lundi. Ça m’a fait énormément de bien de me reposer et tu m’as réellement aidé mais il va falloir que je m’occupe maintenant. Même si c’est difficile et que ça prendra du temps, il faut que j’avance.

-Je suis content d’entendre ça. Je m’inquiétais beaucoup pour toi … Il faut vraiment que j’y aille mais si tu as besoin de quoi que ce soit, tu m’appelles, conclut-il en se levant puis réunissant ses affaires. D’abord hésitant, il se pencha et l’embrassa rapidement sur la joue avant de s’éclipser pour aller travailler.

En pilote automatique, il se rendit au travail, des pensées pleins la tête. Il devait vraiment se recentrer et ne pas laisser ses sentiments prendre le dessus pour ne pas la perdre. La matinée se déroula sans encombre. Il partit ensuite pour un déjeuner avec Weller. Rapidement, ils en virent à parler de leur collègue féminine.

-Elle m’a appelé ce matin pour me dire qu’elle reprenait le boulot. Est-ce que tu penses qu’elle est prête ? Elle semblait encore très absente à l’enterrement. Je sais que c’est normal mais je ne peux pas la laisser aller sur le terrain si elle n’est pas à 100%.

-Ça va aller, ne t’inquiète pas. Elle avait déjà l’air d’aller beaucoup mieux ce matin. Il va falloir la faire reprendre en douceur mais je pense que ça devrait l’aider de revenir travailler.

-Dans ce cas-là, c’est parfait. Après tout, tu la connais bien mieux que nous et tu viens de passer ces derniers jours avec elle, fit remarquer Kurt heureux de constater que son amie tenait le choc.

-Oui, c’est sûr, murmura-t-il distraitement, en se remémorant les moments passés avec son amie et toutes les émotions qui l’avait traversé. Son trouble n’échappa pas à son patron.

-Ed’, est-ce qu’il s’est passé un truc pendant la semaine dont je devrais avoir connaissance ?

-Il s’est bien passé quelque chose, mais ça n’a rien à voir avec le travail et je ne suis pas certain qu’elle voudrait que j’en parle, expliqua le jeune homme hésitant. Il aurait bien besoin d’un conseil de son ami car ce baiser l’avait profondément perturbé.

-Tu m’intrigues. Tu peux aussi me parler en tant qu’ami et non que patron. Je te promets que cela restera entre nous

-Hier soir, après l’enterrement, Tasha avait bu et elle était triste. On était en train de discuter, sur le canapé et une chose en entrainant une autre, on s’est embrassé. Enfin, disons que c’est elle qui a initié la chose mais je ne l’ai pas repoussé et c’était … Comment dire ? Intense et perturbant. Je sais que j’aurais du tout arrêter avant même que ça ne commence mais, je n’ai pas pu.

-Tu es fou d’elle depuis des lustres alors c’est compréhensible, rassura Weller, comme si ses sentiments étaient une évidence.

-Quoi ? Non, je ne suis pas … Enfin, ce n’est pas pertinent vu qu’elle ne me voit que comme un ami.

-Ça c’est ce que tu penses. Je veux dire, si c’est toi que j’ai envoyé à ses côtés et pas une des filles, c’est pour une raison. Vous avez toujours été tellement proches. J’ai toujours pensé que ce n’était que question de temps avant qu’il se passe quelque chose entre vous. J’aurais même parié que cela serait arrivé plus tôt.

-Elle ne ressent rien d’autres que de l’amitié pour moi. On a déjà été amené à en parler par le passé.

-Allez Reade ! Tu connais Tasha mieux que n’importe qui. Elle se protège en permanence. Si elle te tient parfois à distance c’est justement parce que tu es le seul homme à qui elle tient suffisamment pour que ça lui brise le cœur si les choses tournaient mal, pour une raison ou une autre. Seulement, tu vois bien que dès qu’elle a réellement besoin de soutien et de réconfort, c’est vers toi qu’elle se tourne.

-Ouais, peut-être, dans tous les cas je ne veux pas profiter d’un moment de vulnérabilité pour aller plus loin. Si quelque chose devait arriver, ça doit être en pleine conscience et pas une soirée où elle était suffisamment ivre pour ne pas se souvenir des détails de ce qu’il s’est passé.

-Je comprend, conclut Weller comprenant que son ami n’avait pas envie d’épiloguer.

Du côté de Tasha, après que Reade l’eut laissé, elle passa la journée à cogiter en essayant de guérir sa gueule de bois. La jeune femme avait les idées bien plus claires même si la perte de sa grand-mère était encore douloureuse. Elle le serait toujours mais la mort faisait partie de la vie, surtout pour les personnes âgées et son ainée ne voudrait certainement pas qu’elle arrête de vivre et d’être heureuse.

Ce qui la perturbait le plus était la tournure qu’avait sa relation avec Edgar. Ils s’étaient énormément rapprochés ces derniers jours, encore plus qu’avant.

Non seulement elle lui avait confié des choses dont elle n’avait jamais parlé à personne, mais ils étaient devenus bien plus tactile. Tasha s’était habitué à ses tendres étreintes, à son toucher délicat et son odeur rassurante.

Être dans ses bras était la chose la plus naturelle et agréable au monde. La brune avait très peu de souvenir de la soirée de la vielle. Ce sont les sentiments qui l’avaient animé lors de ce baiser qui lui restaient en mémoire et ils étaient aussi agréables que terrifiant.

Reade avait été bienveillant et compréhensif quant à son comportement, ce qui la rassurait grandement. Seulement, elle s’en voulait d’avoir profité de sa gentillesse pour se laisser aller. En plus, elle était assez perturbée par son comportement. Il était tellement tendre et adorable. Il avait semblé gêné ce matin lors de leur discussion et il avait prolongé l’étreinte bien plus longtemps que nécessaire.

Une chose était sûre, elle ne regrettait pas de l’avoir embrassé et elle n’aurait pas regretté de passer la nuit avec lui. L’alcool lui avait simplement donné le courage de se laisser aller. Si seulement, elle trouvait la force de lui ouvrir son cœur mais Tasha craignait de gâcher leur amitié et l’une des relations les plus stables qu’elle ait eu.

La jeune femme termina la journée, ainsi que son week-end en se disant qu’elle avait besoin de l’avis objectif de ses amis pour savoir si sentiments pouvaient être réciproques.

C’est ainsi qu’elle retourna au travail le lundi suivant, toujours en deuil mais avec les idées bien plus claires. Le début de matinée se déroula sans encombre entre paperasse, interrogatoires, recherches et rattrapages de travail en retard.

L’après-midi fut par ailleurs tout aussi calme et en dehors de la gêne qu’elle ressentait en la présence de Reade, tout allait pour le pour le mieux. Les deux jeunes gens faisaient d’ailleurs tout leur possible pour s’éviter tant les sentiments conflictuels qu’ils ressentaient les perturbaient.

Cela n’échappa pas à Jane et Patterson qui s’empressèrent d’inviter leur amie à boire un verre pour découvrir le fin mot de l’histoire. Alison, la mère de Bethany, se joignit également à elles.

Arrivée au bar, les policières commandèrent leurs breuvages préférés, s’installèrent puis commencèrent à discuter. Une fois les formalités d’usage passées, Patterson décida de se lancer.

-Bon, maintenant que l’on a épuisé les autres sujets on doit te demander. Qu’est-ce qu’il se passe avec Reade ? Vous étiez super proche et d’un seul coup c’est comme si vous vous évitiez comme la peste, lâcha la blonde d’une traite. Son amie prit une grande inspiration et avoua, car il fallait réellement qu’elle se confie à quelqu’un.

-J’ai fait une boulette… Après l’enterrement j’étais super triste. On avait bu pendant la journée et j’ai continué quand on est rentrée. Au moment où l’on est allée se coucher, j’étais vraiment très ivre et j’avais besoin de réconfort. Il avait été tellement adorable pendant toute la semaine. Puis, vous le connaissez, c’est Reade quoi. Il est toujours doux et gentil, à trouver les bons mots.

Bref, une chose en amenant une autre, je l’ai embrassé en lui faisant comprendre que je ne serais pas contre l’idée que l’on aille plus loin. Le truc, c’est que je ne me souviens pas de grand-chose et j’ai l’étrange impression qu’il m’a rendu mon baiser. Il me semble qu’il a dit qu’il ne voulait pas que ça se passe comme ça mais je ne suis sûre de rien et ça me rend totalement folle.

-Ceci explique cela. La question est est-ce que tu as agis comme ça uniquement parce que tu étais triste et ivre ou le fait que ça soit Reade a tes côtés a joué un rôle ? Peut-être que l’alcool n’a fait que te donner le courage de te laisser aller parce que tu as envie de quelque chose de plus que de l’amitié avec lui mais que tu ne savais pas comment lui dire, supposa Allison, se doutant bien de la réponse de son amie.

-Je ne sais pas. C’est compliqué. Je veux dire entre le boulot et le fait que ça pourrait tout gâcher entre nous, je ne suis pas sûre. Seulement, il est tellement … Enfin, c’est Reade quoi je …

-Tu es dingue de lui depuis des siècles mais tu ne commences à le réaliser que maintenant, termina Patterson en constatant que son amie avait du mal à trouver ses mots. Cette remarque la fit immédiatement rougir seulement, elle n’avait plus la force de nier.

-Ma grand-mère l’avait vu et me l’avait fait remarquer. Rien que dans ma façon de parler de lui, elle a toute suite su ce que je ressentais et cela avant même que je ne le réalise.

-Je ne doute absolument pas du fait que ta grand-mère ait été très perspicace et qu’elle te connaissait parfaitement mais pour être honnête, je pense que l’on l’avait tous remarqué avant toi.

-Enfin, tous sauf Edgar, je veux dire, il est définitivement fou de toi. Ça ne fait aucun doute. Seulement, il ne semble pas envisager l’idée que cela puisse être réciproque, ajouta la mère de Bethany, juste après la remarque de Jane.

-Attendez ! Vous pensez vraiment qu’il pourrait avoir des sentiments pour moi, que ce n’est pas juste l’alcool qui m’a joué des tours ?

-Oui, c’est certain ! S’exclamèrent-elles toutes d’une seule voix, sous le regard dubitatif de leur collègue.

-Tash’, avec Reade vous avez une alchimie qui est là depuis le tout début. Pour moi, ça relève du miracle que rien ne se soit passé plus tôt ou une perte de temps totale. Vous êtes faits l’un pour l’autre alors même si c’est terrifiant, tu devrais aller le voir et lui dire ce que tu ressens, conseilla Patterson.

-Je ne suis pas sûre que ce soit le bon moment. Je veux dire qu’avec ma grand-mère et tout ce …

-Je t’arrête tout de suite. Il n’y aura jamais de bon moment. Entre la vie et nos boulots, tu pourras toujours te trouver une raison de ne pas lui dire mais la vie et bien trop courte pour perdre du temps. Tu as le droit d’avancer dans ta vie même si tu n’as pas encore fait ton deuil, continua la blonde sans ménagement, fatiguée de voir ses amis souffrir alors qu’ils pourraient être tellement heureux ensembles. Ses amies sourirent d’un air entendu.

-Est-ce que j’y vais dès maintenant ou … ?

-Oh que oui, file, acquiescèrent-elles unanimement. La belle brune les regarda encore quelques secondes puis pris ses affaires pour remonter en voiture.

Sans réfléchir, Tasha prit la route en direction de l’appartement de son coéquipier déterminée, excitée mais aussi absolument terrifiée à l’idée d’ouvrir son cœur. Elle l’aimait tellement que ça la rendait affreusement vulnérable. Une quinzaine de minute après son départ du bar, elle arriva à destination, monta les escaliers rapidement puis toqua à la porte.

-Tasha, qu’est-ce que tu fais ici à cette heure ? Est-ce que tout va bien ? Interrogea Edgar surpris. Depuis son retour du travail, il était complètement perdu dans ses pensées, incapable d’avoir autre chose en tête que sa merveilleuse partenaire. C’est cette arrivée soudaine qui l’avait sorti de cette spirale

-Je vais bien mais je dois te parler. Est-ce que je peux entrer ? Demanda-t-elle timidement, soudainement retournée de se retrouver face à lui. Elle ressentait tout un tas de sentiments, agréables, renversants, mais aussi inédit et tellement intense que cela la dévorait.

-Bien sûr, murmura-t-il, troublé par sa présence, son regard envoutant ce magnétisme qui ne cessait de l’attirer. Le duo se rendit dans le salon en silence et restèrent ainsi pendant plusieurs dizaines de secondes avant que la policière n’eût le courage de se lancer.

-Je ne l’aurais regretté.

-Quoi … ? Questionna-t-il par peur de mal comprendre.

-Si jamais tu ne m’avais pas repoussé ce soir-là et que l’on avait passé la nuit ensemble je n’aurais jamais pu le regretter, pas parce que j’avais besoin de réconfort, même si c’était le cas, mais parce que ça aurait été avec toi. Je ne pourrais jamais regretter quoi que ce soit entre nous. J’en avais envie et c’est toujours le cas, débita-t-elle en plongeant ses yeux dans les siens.

Dans le même temps, la jeune femme s’avança vers lui, réduisant substantiellement l’espace entre leurs deux corps pour lui montrer où elle voulait en venir.

-Tasha … Tu … Je, bafouilla Edgar, complètement perturbé par cet aveu et ce que cela impliquait ou encore ce qu’elle souhaitait dire exactement.

-Je sais que je ne suis probablement pas très claire et que tu dois penser que c’est le deuil qui me rend dingue, mais je crois au contraire que cela m’a rendu bien plus clairvoyante. La vérité, c’est que ça fait très longtemps que ses sentiments sont là. J’étais seulement terrifiée, terrifiée d’admettre à quel point je suis bien quand je suis avec toi. Je me sens en sécurité, apaisée, légère et vivante.

Tout ce dont j’avais envie, c’était d’être dans tes bras, de sentir tes mains et tes lèvres sur ma peau, de pouvoir me réveiller le matin à tes côtés sans avoir à me retenir de vouloir t’embrasser. Je suis dingue de toi et ça me terrifie au plus haut point, car si je devais te perdre, je ne m’en remettrais pas. Seulement, je suis fatiguée de me retenir de vivre et de ressentir, ajouta Tasha devant son trouble manifeste.

Après quelques secondes à l’observer, profondément remué et ravi de cet aveu, il franchit l’espace qui séparait leurs deux corps, puis, avec toute la délicatesse du monde, leva la main pour lui caresser le visage tout en souriant. La jeune femme ferma les yeux pour profiter de ce délicieux contact.

Toujours avec tendresse, Edgar se pencha vers elle pour l’embrasser mais décida de s’arrêter à quelques millimètres de ses lèvres, à la recherche de la moindre trace d’hésitation. Comprenant où il voulait en venir, Tasha hocha la tête en se mordillant la lèvre d’impatience.

A juste titre car dès qu’elle sentit sa bouche sur la sienne, la brune crue défaillir. Le baiser était moins passionné que celui de la semaine passée mais il prit soin de faire passer tout l’amour qu’il ressentait pour elle dans cette étreinte. Ses mains étaient posées sur sa taille quand celle de la jeune femme se trouvait autours de sa nuque. Pendant de longues minutes, leurs langues se lancèrent dans un balai sensuel, incapable de se séparer tant cela était agréable. Ce n’est que par manque d’air qu’ils durent le faire.

-Je t’aime tellement. Ça m’a achevé de te repousser l’autre soir. Seulement, tu étais tellement triste que je ne voulais pas profiter de la situation. Je sais à quel point tu étais proche de ta grand-mère et que ça t’a chamboulé de la perdre, lui murmura le policier à bout de souffle, les mains de part et d’autre de son visage tout en plongeant ses yeux dans les siens pour lui faire comprendre l’ampleur de ses sentiments.

-Tu as toujours été un vrai gentleman. C’est d’ailleurs une des choses qui m’ont fait tomber amoureuse de toi et c’est vrai que je suis encore triste. Une part de moi le sera toujours. Seulement les filles m’ont aidé à comprendre que ça ne devait pas m’empêcher de vivre. Quand tu m’as embrassé l’année dernière, entre l’affaire Jones et le raid qui avait mal tourné, moi aussi j’avais peur que tu ailles l’esprit embrouillé. J’étais terrifiée à l’idée de perdre ce que l’on avait déjà et je me suis dit que c’était mieux de le préserver que de prendre le risque de tout perdre.

-J’avais bien l’esprit embrouillé. Sinon je m’y serais pris bien mieux que ça. Seulement, tout ce qu’il s’était passé m’a fait comprendre que peu importe ce que la vie nous réserve, c’est toi que je veux avoir à mes côtés pour le partager. Tu es tellement merveilleuse, drôle, brillante, courageuse, forte, loyale et belle à en tomber par terre. Comment je ne pourrais pas vouloir être avec toi ?

Tant de gentillesse la fit fondre et sans réfléchir, elle l’embrassa une nouvelle fois de manière bien plus passionnée. Le jeune homme se laissa emporter sans même hésiter une seule seconde et c’est ainsi qu’ils se retrouvèrent sur le canapé. Elle était assise sur lui, les jambes de part et d’autre de sa taille et les mains sous son t-shirt, à parcourir son torse. Son partenaire avait les mains sous son chemiser, à parcourir son dos ou sa poitrine. Il en profitait pour effleurer son soutien-gorge et embrasser sa nuque, guidé par ses soupirs de plaisirs.

-J’aimerais beaucoup t’emmener dîner un de ses soirs, souffla-t-il timidement entre deux baisers. Cette remarque la fit rire tant elle était adorable.

-J’adorerais vraiment ça mais là, maintenant, tout de suite, ce n’est vraiment pas ce que j’avais en tête, lança-t-elle malicieusement.

-Vos désirs sont des ordres madame, conclut Edgar sur le même ton.

Sans réfléchir une seule seconde il se leva et après qu’elle eut nouer ses jambes autours de sa taille, les dirigea vers le lit. Le jeune homme l’allongea avec délicatesse pour la dévorer du regard. Tasha était bouleversée par tant de convoitise et elle fondit littéralement quand il l’embrassa une nouvelle fois. Ils continuèrent leur étreinte pendant quelques minutes puis la brune sentit qu’il commençait à la déshabiller. Le policier commença par son jean puis son chemisier. Enfin, après quelques minutes à embrasser la moindre parcelle de peau découverte, il dégrafa son soutient gorge.

Puis, le policier fit descendre ses lèvres le long de son cou jusqu’à ses seins. Il les mordillait, les léchait, embrasait la moindre parcelle de cette poitrine si souvent désirée. Il titillait ses tétons dressés par le plaisir, pinçant le droit, le frôlant à l’aide de ses doigts pendant que de ses lèvres il embrassait l’autre, le cajolait.

Zapata était complètement étourdit par toutes ses sensations. La jeune femme n’avait jamais connu un tel plaisir. Ses caresses, ses mains et sa bouche sur sa peau la rendait folle. Edgar continua en déposant une multitude de baiser le long de son ventre puis descendit vers son intimité qu’il embrassa avec douceur.

Pendant plusieurs minutes à l’aide de ses doigts et de sa langue il s’occupa de son point sensible. La jeune femme était dans un autre monde. Le plaisir irradiait tout son être et plus rien n’avait d’importance. Elle ne mit pas longtemps à atteindre l’extase et l’orgasme qui s’empara d’elle était bien plus puissant que tous ce qu’elle avait connus. Quand il la vit se détendre le jeune homme remonta pour l’embrasser tendrement.

Sentant son érection contre elle Tasha s’empressa de lui enlever son caleçon pour le prendre en main. Reade grogna de plaisir à ce contact tout en continuant à caresser le corps de sa belle. Sachant qu’il n’allait pas tenir bien longtemps il lui écarta les jambes et lui silencieusement demanda son accord. Il la pénétra lentement et tendrement puis il s’arrêta pour lui donner le temps de s’adapter à sa présence.

La jolie brune gémit en le sentant entrer en elle. Aucun de ses précédents amants n’avait été aussi doux et prévenant. Habituellement ils faisaient passer leur plaisir avant le sien mais là c’était tout l’inverse. Reade n’avait dieu que pour elle. Il était tendre, doux et attentionné. Il se mit à bouger doucement tout en l’embrassant et Zapata perdit pied à nouveau. Les sensations étaient grisantes.

Les vas et viens commencèrent et Tasha noua ses jambes autours de la taille de son amant pour plus de confort. Ils bougeaient en harmonie sans jamais se lâcher du regard. Edgar pouvait sentir les ongles de sa compagne se planter dans son dos. Plus le temps passait plus le feu qui les animait devenait intense. Leurs mouvements se faisaient plus désordonnés. Leurs gémissements devenaient des cris francs et puissants.

Leurs baisers et leurs regards étaient remplis d’amour. Bientôt ils ne résistèrent plus et lorsqu’Edgar senti les parois intimes de son amante se resserrer sur lui, il atteint le septième ciel. Dans le même temps que la jeune femme était transportée par son deuxième orgasme. Après être redescendu de leur nuage les deux jeunes gens s’écroulèrent l’un à côté de l’autre et s’endormirent l’esprit encore embrumé par le plaisir.

Le lendemain matin, Natasha se réveilla la première. Elle n’en revenait pas d’avoir eu le courage d’avouer ses sentiments à Edgar et surtout qu’ils aient été réciproques. La nuit qu’ils venaient de passer avait été absolument merveilleuse. La jeune femme observa son amant, paisiblement endormi, pendant quelques minutes puis décida qu’il était temps de préparer le petit déjeuner.

Elle se leva silencieusement, enfila un pull d’Edgar puis se rendit dans la cuisine pour préparer du café, du thé, des pancakes et découper des fruits. Au bout d’un moment, elle sentit deux mains puissantes se nouer autours de sa taille.

-Bonjour toi, murmura Reade tendrement, en déposant de doux baisers dans son cou.

-Bonjour, répondit-elle en se retournant pour l’embrasser.

Après une douce étreinte, le jeune couple prit son petit déjeuner et se prépara pour aller travailler. Durant tout le processus la jeune femme ne out s’empêcher de penser que quoi qu’il arrive, peu importe la perte qu’elle venait de subir, elle ne serait plus jamais seule.

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