Dossier spécial : sociologie du vote et de l’abstention vers les présidentielles 2022

Présentation

un homme aux urnes pour exercer son droit de vote

Salut les amis ! Aujourd’hui au programme à quelques mois des élections présidentielles j’ai décidé de me servir de mes cours de sociologie à l’université pour vous parler des notions de vote et d’abstention.

Si l’on cherche à définir la démocratie la cause est entendu. La démocratie est l’élection pluraliste et l’État de droit. Souvent cette démocratie représentative est opposée à la démocratie directe (Athènes) et à la transmission héréditaire du pouvoir. Pourtant, le détour par la démocratie athénienne montre un impensé. Il s’agit du fait que l’élection n’est pas le seul mode de délégation du pouvoir qui a été introduit dans l’histoire.

Pourquoi a-t-on privilégié l’élection ? Pour les concepteurs de ses républiques le régime représentatifs n’était pas une démocratie. Aristote possédait déjà ce type de pensée.

Pourtant les fondateurs des républiques françaises et étatsunienne posent une supériorité des représentants par rapport aux gens qu’ils représentent. L’idée est qu’élire c’est choisir et donc toujours construire une supériorité. Rosanvallon en résumant Sieyès pose que « un des effets du système représentatifs dans l’ordre politique est de mettre chaque fonction dans les mains d’experts ». Le principe est la division du travail.

Dans un second temps on constate que les valeurs que l’on met derrière la démocratie ont changé.

L’acte de vote

En étudiant les résultats on oublie souvent de questionner l’acte de vote. Ainsi le vote apparaitra comme évident. La sociologie historique de l’acte de vote a pour but de montrer que cette technique n’a finalement rien de naturel.

Qu’est-ce que les citoyens et les citoyenne ont dû apprendre pour se conformer au rôle d’électeur ? Comment se fait cet apprentissage ?

La production d’une opinion standardisée

L’acte de vote par Yves Déloye et Olivier Yves, porte sur les bulletins blanc et nul. Ils étudient les élections législatives de 1880. Cela ne traduit pas un désintérêt au contraire. Cela peut traduire une forme de résistance ou de manque de connaissance.

Cette pratique permet de repérer la norme. Finalement ces bulletins disent plus que les bulletins valides car ils sont plus politisés. On constate déjà une forme de défiance des classes encore présente aujourd’hui. Cependant, on remarque néanmoins déjà une naturalisation de l’élection. Cela montre que l’on peut investir une pratique sans y adhérer.

Il est également intéressant de constater une autre forme d’incompétence proprement électorale. Ils ne peuvent ou ne veulent pas se conformer à ce qui est attendu. C’est une forme de compétence politique qui n’épouse pas les normes imposées par l’élection.

Cela peut poser que le vote veut produire une opinion standardisée. Cela cherche également à privilégier un mode d’expression descend, dépassionné et maîtrisé.

Une technique politique d’encadrement

Pour reprendre le même ouvrage, les auteurs disent qu’il faut une histoire matérielle. Ils nous disent que le rituel électoral est pensé pour dégager des espaces et des temporalités. Il s’agit de penser où se déroule l’acte (mairie ou école). Cela permet d’ancrer le vote dans un lieu symboliquement marqué. L’idée est de désencastrer le vote des pratiques routinières pour le rendre solennelle. Ce sont aussi des lieux reproduits à l’identique sur l’ensemble du territoire.

On constate aussi un moment spécifique sur l’ensemble du territoire. Cela enclenche un détour.

À cela s’ajoute un ensemble de règle qui encadre les élections.

On dissocie ainsi le vote d’autres pratiques sociales. On cherche aussi à en faire un lieu pacifié car, à l’époque, on attribue au vote une vertu pacificatrice. L’isoloir symbolise le secret du vote mais aussi le for intérieur des citoyens.

Le vote est donc aussi une façon de discipliner et d’encadrer les pratiques populaires.

La sociologie du vote

Les effets limités des campagnes

Comment vote les électeurs ? Quels rôles ont les médias ?

On va s’appuyer sur le paradigme de Columbia, notamment porté par Paul Lazarsfeld, traite de l’élection de 1940 aux USA.

Lazarsfeld va se rendre compte que la campagne ne produit finalement que des effets très limités. Les enquêteurs se sont rendu compte que la majeure partie des citoyens ou des citoyenne s’était décidé avant la campagne (92%). De plus le peu d’opinion ayant bougé n’a pas bougé dans le même sens. Néanmoins, il n’est pas sûr de l’incidence de la campagne car les changements posent des réalignements au groupe primaire. Cela pose le problème des pressions sociales contradictoires.

Ainsi, il y a une mise en garde contre un schéma naïf de l’effet puissant des médias. La règle la plus générale est de dire que le message reçu diffère du message émis. En effet, on peut constater avoir une exposition sélective au média. De plus, il y a un phénomène de perception sélective. On comprend les informations en fonction de nos opinions politiques.

Du fait de ces doubles processus les médias ont des effets limités sur les courants électoraux. Les principaux effets sont de confirmer et conforter des loyautés politiques.

Il est également possible de mettre en avant le rôle des leaders d’opinion. Ce sont des gens qui dans un groupe social restreint paraissent plus informés. Dans les groupes c’est ce leader qui va décrypter l’information.

En outre, cela permet de remarquer que les messages touchent d’abord les leaders d’opinions qui les rediffusent ensuite. Il s’agit de la théorie du « two step flow of communication ».

Lazarsfeld déconstruit ainsi l’idée de la toute-puissance des médias. Il fonde ainsi la sociologie de la réception.

On peut donc se demander ce qui permet de structurer le vote.

Compétences politiques et déterminants sociaux

La sociologie électorale n’a cessé ou presque de confirmé le postulat de Lazarsfeld. Philip Canvas avait mis en avant que la plupart des Américains ne disposent pas d’un système de croyance politique cohérent. Ils ont du mal à se repérer dans les polarités idéologiques basiques. Il voit aussi qu’en 2 ans les positions des électeurs peuvent changer radicalement sur des questions extrêmement importantes.

Cela a mené une réflexion très importante sur la compétence politique qui est une notion qui rassemble :

  • Connaissance
  • Savoir-faire
  • Intérêt pour la politique

Il s’agit là de la sociologie électorale américaine.

L’idée est que plus vous êtes compétents politiquement plus vous votez. Ce degré de compétence politique est corrélé au diplôme.

La sociologie électorale française, Bourdieu et Gaxie particulièrement, a rajouté un critère à la compétence politique qui est la compétence statutaire ou en d’autres termes le sentiment d’auto habilitation.

Les femmes, par la construction des visions genrées, se sentiraient moins compétentes à parler politiquement de la politique.

Ce qu’il y a d’intéressant dans les questions de compétences politiques ce sont les questions que cela pose. Comment les gens forgent leur opinion ?

Tout cela nous amène à la question du rôle des déterminants sociaux du vote. Lazarsfeld avait mis en avant le rôle des variables lourdes. C’est la socialisation politique liée à notre univers depuis le plus jeune âge. Il avait croisé les facteurs de religion, statut social et lieux de résidence. Il avait mis en avant que les personnes rurales, protestantes et aisées voteront majoritairement républicain. Le croisement de ces trois variables et prédictif à 74%. Au contraire les urbains, catholique, urbain, défavorisé ont 83% de voter démocrate.

Tout cela est lié au fait que le vote est une expérience de groupe.

Lazarsfeld conclut « une personne pense, politiquement, comme elle est socialement. Les caractéristiques sociales déterminent les caractéristiques politiques. ».

Aujourd’hui la variable catholique est toujours déterminante au vote de droite.  Il y a un éclatement des votes des milieux populaires. Les critères indépendants/salarié et celui public/privé restent déterminants.

Sociologie de l’abstention

Au second tour de la présidentielle de 2017 il y a eu plus de 8% de vote blanc. L’abstention est un phénomène majeur de la démocratie occidentale. En 2017, aux législatives il y a plus d’abstentionnistes que de votant. C’est donc un phénomène qu’il est important d’éclairer. Moins l’élection est mobilisatrice moins les personnes éloignées au politique vont voter.

L’abstention produit une forme de déformation du corps électoral.

Les déterminants sociaux de la notion

Céline Braconnier dans son livre s’est intéressée à la mal inscription. Elle s’est rendu compte qu’il y avait parfois des problèmes d’inscription sur les listes lors des déménagements. Ces mal inscrits représentent 15% des listes électorales. Cela favorise l’abstention constante mais aussi une participation intermittente. Ce sont les jeunes qui ont le plus fort taux de mal inscription.

Le facteur le plus discriminant est le niveau de diplôme. C’est en partie corrélé au revenu et à la profession exercée. La profession joue également même si elle est moins discriminante. L’âge est aussi un facteur important. Il interagit avec d’autres formes d’intégration sociale (professionnelle, familiale, etc.). La deuxième idée est un effet de génération. Les nouvelles générations se sentent moins coupable.

Les abstentionnistes constants sont minoritaires.

Le vote intermittent

En 2017 il y a un basculement à ce niveau car il s’agit de la conduite majoritaire. Si cette tendance se confirme, on observerait une transformation majeure puisque le vote ne serait plus systématique.

Dans un premier temps, les abstentionnistes posent souvent une forme de rejet du système politique dans leurs explications. Ce motif ne constitue pas à lui tout seul un facteur explicatif. De plus, les abstentionnistes et les votants ne sont pas deux groupes étanches.

On constate que le lien entre les prédispositions à l’abstention et les pratiques n’est pas automatique.

Il y a des critères institutionnels. Par exemple dans certains pays le vote est obligatoire et assorti de sanction. Un des autres facteurs institutionnels est le fait de s’inscrire sur les listes.

Les chercheurs ont identifié comme facteurs du vote intermittent, en relation avec l’offre politique, les élections porteuses d’opinions politiques clivés. Les Hommes politiques mobilisent des clivages activant la défense d’intérêt non partagé.

Le deuxième facteur renvoyant à l’offre politique est l’abstention différentielle à la défaveur des sortants/personnes en poste.

Le schéma de l’acteur rationnel correspond à l’idée que l’acteur fait une sorte de bilan coût/bénéfice. On sait qu’il ne correspond pas bien aux pratiques des citoyens.

Enfin, le dernier point correspond à l’activation des dispositions informelles de mobilisation électorale. Ce qui est important ce sont les incitations issues du quotidien. Il y a de l’hétérogénéité au niveau de l’intérêt pour le politique dans un même groupe même s’il y a une tendance homogène à la même orientation politique.

Résumé

En résumé, le vote et l’abstention sont deux notions complexes qui ont plusieurs facteurs, beaucoup sont sociologiques mais il en existe bien d’autre. Au final, la seule chose que je souhaite vous dire c’est que peu importe votre orientation politique en avril “Allez voter !”.

Voilà, c’est tout pour le moment ! J’espère que cela vous a plus et n’hésitez pas à commenter. Surtout, prenez soin de vous !

Article du conseil constitutionnel sur l’abstention

Remerciement

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